
Que devient Preta après la sortie de leur célèbre série ?

Au Brésil, ils sont bien plus que des stars : Lázaro Ramos et Taís Araújo incarnent un nouveau récit national. Acteurs engagés, parents conscients, ils forment le power couple le plus influent du pays. Le Festival du cinéma brésilien de Paris leur rend hommage ce dimanche.

Quand on les interviewe via écran interposé depuis Paris alors qu’ils sont à Rio, ce qui frappe d’abord c’est leur complémentarité. Elle, solaire, spontanée, intense, brillante. Lui, discret, réfléchi, pesant chaque mot avant de répondre. Puis s’imposent avec grâce, leur complicité et la qualité d’écoute mutuelle. Se perçoivent-ils comme un couple puissant ? «Oui», répond d’emblée Tais Araujo. «Je pense même qu’il serait irresponsable de notre part de nier la dimension de ce que nous représentons au Brésil. Nous assumons cela avec un sentiment de responsabilité. C’est quelque chose qui se construit.»
Alors qu’ils s’apprêtent à fêter leurs 22 ans de relation (ils se sont rencontrés en 2004, NDLR), un regard sur leurs parcours respectifs donne le vertige. Tais Araujo a 17 ans à peine lorsqu’elle décroche le rôle principal de la novela Xica da Silva, en 1996. Une première pour une actrice noire. Elle prête vie à l’héroïne, une esclave affranchie qui use de son charme pour naviguer dans le Brésil colonial du 18e siècle. « Avec Xica da Silva, elle a marqué une rupture dans les représentations au Brésil, en plaçant une femme noire au centre d’un récit populaire », insiste Katia Adler.

Propulsée au rang de star, la Carioca (native de Rio, NDLR) enchaîne les rôles dans les novelas les plus suivies (Da Cor do Pecado, Viver a Vida (2009), Amor de Mãe, en 2019-2020, et surtout Vale Tudo, carton de 2025). Au cinéma, cette intensité intérieure qui devient sa signature s’impose dans : Ana Cavalcante dans Caminho dos Sonhos (1998), Elza Soares dans Garrincha – Estrela Solitária (2003) et ses apparitions dans O Maior Amor do Mundo (2006) et Jules and Dolores (2016). Elle poursuit ensuite cet engagement avec Medida Provisória (Décret présidentiel, 2020), film réalisé par son époux, où son personnage de Capitú, médecin et résistante, s’inscrit dans le prolongement de ses prises de parole publiques sur la cause afro‑brésilienne.
De son côté, Lázaro Ramos fait preuve de la même précocité. Cet enfant de Bahia se révèle très tôt au théâtre, au côté d’un certain Wagner Moura, dans la pièce phénomène A Maquina, en 1994. Il explose aux yeux du grand public et de la critique avec Madame Satã, figure marginale, queer et flamboyante de la nuit carioca des années 1930. Il bâtit ensuite une filmographie singulière, du cinéma d’auteur aux comédies populaires en passant par les séries télé. Il multiplie les performances marquantes dans L’Homme qui photocopiait (O Homem que Copiava, 2003) ou encore Carandiru (2003), Cidade Baixa, Le Professeur de violon, O Beijo no Asfalto… jusqu’à Medida Provisória (Décret présidentiel, 2020), dystopie politique qu’il réalise et interprète, confirmant son statut d’acteur‑réalisateur central dans le débat sur le racisme et l’identité afro‑brésilienne.